Fin mars je me suis inscrit un peu dernière minute à une course d'alpinisme encadrée par deux guides pour l'ascension du Jungfrau et du Mönch, deux sommet de plus de 4000m dans l'Oberland Bernois. La météo s'annonçait mauvaise mais a complètement changée en une semaine pour laisser place a une météo magnifique. Je me suis donc rendu a Grindelwald la veille du départ pour y passer la nuit avant de monter au Jungfraujoch tôt le lendemain, mais malgré le confort de l'auberge de jeunesse j'ai eu du mal a trouver le sommeil et ai eut une nuit assez peu reposante...
Le lendemain j'ai quitté l'auberge pour me rendre a l'Eigerglätscher en téléphérique pour y retrouver les deux guides Julian et Lucas et la première de me trois compagnons de cordée Kathi. Nous avons pris le funiculaire pour monter jusqu'au Jungfraujoch et rejoindre les deux autres clients: Swen et David. Je me suis rendu compte que j'étais le plus jeune et le seul francophone du groupe mais cela n'a absolument pas affecté l'expérience.
Puis nous avons entamé l'ascension en commençant par du ski de randonnée pendant 30 minutes jusqu'au commencement de l'arrête. Nous avons ensuite chaussé les crampons sur les chaussures de skis pour grimper une échelle fixée dans la roche sur une vingtaine de mètres jusqu'à arriver dans de la neige tombée la veille.
J'étais deuxième de cordée, derrière Julian et devant Swen, nous avons commencé a monter à flanc dans cette neige pour atteindre la véritable arrête, et une fois arrivé sur celle-ci je me posé des questions sur ma présence sur la montagne. L'arrête de neige fraiche était fine comme une lame de rasoir vierge de toute trace de pas et tombait sur plusieurs centaine de mètres de chaque cotés. En bref un mauvais pas aurait potentiellement pu être fatal, et étant au milieu de la cordée j'étais un peu tiré d'avant en arrière suivant la progression de mes compagnons de cordée. A cet instant je me suis demandé si tout cela valait la peine, si j'étais prêt à mettre ma vie en danger pour une simple ascension, j'ai pensé à ma famille, à mes amis, à ma copine et je n'ai jamais eu aussi peur de mourir.
La fin de l'ascension était sur une crête assez cornichée donc nous avons marché a flanc de montagne à nouveau jusqu'au sommet culminant a 4110m. Arriver au sommet était un vrai soulagement et a chassé toutes les idées noires de ma tête. J'ai pris un moment pour écrire a mes proches et les rassurer puis j'ai admiré la vue et ait célébré avec le reste de l'équipe.
Puis nous avons attaqué la descente, le guide est passé à l'arrière comme toujours à la descente et c'était donc au tour de Swen d'assurer la tête de cordée. La descente était nettement plus évidente que la montée, le chemin était maintenant bien tracé grâce au passage d'autres alpinistes et ce petit détail rendait l'arrête bien moins impressionnante qu'à la montée. Seul bémol, la neige déjà bien transformée par le soleil s'amassait sous mes crampons et rendait mes chaussures glissantes, il fallait donc taper mes chaussures a l'aide de mon piolet tout au long de la descente pour faire tomber cette neige piégée.
Nous sommes arrivés vers 15h30 et 5h de marche en bas du Mönch, nous avons rechaussé les skis pour marcher 10 minutes jusqu'à la cabane. Malheureusement, une fois arrivés à la cabane Swen s'est senti mal et est allé se coucher. Il n'a donc pas participé a la course du lendemain.
La soirée s'est bien déroulée et l'ambiance dans la cabane était vraiment conviviale. Et malgré un petit mal de tête et des problèmes digestifs liés à l'altitude et à une petite insolation, j'ai relativement bien dormi.
Le lendemain nous nous sommes réveillés à 5h pour aller déjeuner et se mettre en route a 6h tapantes, toute l'équipe était au rendez-vous sauf Swen qui était trop faible pour nous accompagner... Nous sommes partis à skis et a la frontale pour redescendre sous le Jungfraujoch et traverser le glacier pour commencer à monter côté Jungfrau.
Nous mis les peaux a 3100m sous un magnifique lever de soleil pour continuer a monter, jusqu'à 3300 ou nous avons du mettre les skis sur le sac et chausser dans une pente assez raide pour passer une barre rocheuse. Puis nous avons marché dans une bonne neige jusqu'a 3700m et c'est la que nous avons fait face au deuxième passage délicat de l'ascension, marcher a flanc de montagne dans une pente raide et avalancheuse, surplombés par une serac et avec la rimaye (grosse crevasse au pied de la montagne) pour nous accueillir en cas de chute. Nous sommes passés chacun notre tour en essayant de maintenir une allure rapide et en faisant attention à ne pas faire de faux mouvement, puis nous sommes arrivés au "ski dépôt" à 3800m. A cet endroit nous avons troqué nos skis contre nos crampons nous nous sommes encordés (cette fois avec David et Lucas) et avons poursuivi a pied. Il ne restait plus grand chose jusqu'au sommet mais la pente était vraiment verglacée et il fallait assurer chaque pas pour ne pas tomber avec la cordée.
Nous sommes arrivés au sommet vers 11h30 après un dernier morceau de marche sur des cailloux désolidarisés qu'il ne fallait absolument pas faire tomber et quelques passages de grimpe mixte. Nous avons célébré, profité de la vue et sommes redescendus assez rapidement pour essayer d'avoir une neige pas trop mauvaise a skier.
La descente a ski était magnifique, la neige commençait à être un peu lourde mais était quand même très agréable à skier, et la vue était sublime. Nous avons terminé avec une pente à 40° qui passait par dessus une crevasse et je me suis surpris en terme de niveau de ski après seulement une saison.
Voilà, c'était une expérience magnifique a vivre, et s'il fallait y retourner je le ferais et même si j'ai tout remis en question sur cette arrête du Mönch je ne regrette rien. C'était aussi une bonne expérience de faire une sortie avec un guide, même si la sensation d'être "tiré" au sommet se fait un peu ressentir, mais je pense que c'était une expérience nécessaire et j'ai appris beaucoup de choses (et surtout du suisse allemand ;))
Merci de m'avoir lu! Aussi, la date de la présentation de mon chef d'oeuvre approche et je souhaitais vous remercier tous pour le soutien que vous m'avez apporté ces dernières années, financièrement ou ne serait-ce qu'en me lisant.
En espérant vous voir le 6 Juin a l'école Steiner de Crissier!
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